Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, de Stefan Zweig

7 Fév

 

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez la fugitive. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Avant toute chose, il faut que vous sachiez que j’aime particulièrement les nouvelles. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’admire les auteurs qui sont capables d’en faire. Après tout, ce n’est pas chose aisée que de raconter en quelques pages, ce qu’on pourrait développer dans un roman. Bon, en même temps, j’ai personnellement toujours tendance à écrire beaucoup, et du mal à réduire, justement. Enfin bref. Je trouve les nouvelles fascinantes grâce à leur contenu, et justement ce fait qu’en si peu de pages, elles peuvent contenir tout autant, voire plus, qu’un roman de quatre-cents pages. Et puis, les nouvelles sont toujours rapidement lues. C’est parfois chouette d’intercaller, entre deux romans, une petite nouvelle, ou un recueil de nouvelles. Anyway…

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, fut mon premier Zweig, bien que j’en ai encore deux dans ma bibliothèque, et je dois dire que j’ai été séduite par le style de l’auteur. Je dois avouer qu’en plus, j’ai été heureuse de retrouver, au début de la nouvelle, deux ou trois répliques anglaises, mais ça c’est mon côté « j’aime l’anglais » qui ressort. Concernant la plume de l’auteur, je n’ai donc rien à redire. Je l’ai trouvé sublime, notamment lors des tournures de certaines phrases. J’ai beaucoup aimé l’ambiance début du siècle, leurs valeurs à cette époque, et tout ce qui s’en suit. Et puis, il y a aussi l’évocation des détails, qui m’a séduite. C’est peut-être bête, mais j’adore retrouver dans un livre des petites choses, qui semblent futiles, auxquelles on ne pense pas, mais dont l’on pourrait parler pendant des heures. ce fut le cas ici, avec l’évocation des mains du jeune homme que cette femme décrit de façon incroyable et surtout inattendue. Que pourrait-on dire de mains, en même temps ? Et bien elle, elle en a des choses à dire.

En ce qui concerne la nouvelle en elle-même, je dois avouer que j’ai beaucoup aimé l’intensité qui émanait de cette rencontre, de ce qu’elle signifie pour cette femme. Comme quoi, un rien peut tout changer. Il suffit d’une rencontre pour envoyer valser nos habitudes, nos certitudes, nos désirs. Il ne suffit vraiment pas de grand chose pour tout envoyer bouler. C’est ce qui m’a le plus plu dans cette nouvelle, et même si j’ai bien du mal à décrire la situation, à décrire ce qui me plait tant dans ce genre de comportement, j’espère que vous avez plus ou moins cerner la chose. En fait, c’est surtout le bouleversement interne qu’une rencontre peut causer chez une autre que je trouve fascinant. Jusqu’où sommes-nous alors prêts à aller ? Et quel courage nous faut-il pour y arriver. Par ailleurs, j’ai apprécié de voir que le vice du jeux était évoqué. C’est un thème que l’on utilise moins, surtout comparé aux autres addiction diverses, mais qui, déjà à cette époque faisait des ravages. Il faut reconnaître que ce cercle vicieux dans lequel s’est enfermé cet homme est tout de même intéressant. Encore une fois, jusqu’où peut-on aller pour jouer, encore et toujours, tout en gagnant ? Est-il possible de sortir de ce cercle vicieux ? Ici, nous trouvons les réponses à ses questions, et on voit bien par quoi doit passer cet homme pour essayer de s’en sortir. Sinon, je dois dire que j’ai apprécié le fait de commencer cette histoire avec la fuite de Mme Henriette, qui provoque alors un débat, et qui amènera cette femme – dont j’ai oublié le nom, excusez-moi – à se confier au narrateur, avec qui elle aura donc au préalable débattu de l’action de Mme Henriette. J’ai beaucoup aimé ce parallèle donc, et que la nouvelle commence de la sorte, pour continuer sur le même ton.

En somme : Une nouvelle très belle, très intense, qui vous fait vous demander ce que vous auriez fait, si cela vous était arrivé.

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4 Réponses to “Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, de Stefan Zweig”

  1. Lili (drawinthecity) 08/02/2012 à 08:11 #

    Comme toi, j’avoue avoir une certaine fascination pour les nouvelles, j’en lis peu, c’est vrai, et je n’en écris pas non. Impossible. Mais j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui sont capable de le faire (ceux qui le font bien s’entend, parce que ça peut facilement tourner au désastre ^^)
    J’ai très envie de découvrir Stefan Sweig, et j’ai toujours pensé que je commencerais ma découverte de cet auteur par Vingt quatre heures dans la vie d’une femme, j’en ai entendu tellement de bien !
    Ta chronique m’a convaincue de l’acheter !

    • askmetoread 08/02/2012 à 17:55 #

      Oh une fana de nouvelles, j’aime ça ! En même temps, c’est tellement chouette, et tellement impressionnant d’arriver à écrire tant, et à faire passer tant d’émotions dans une nouvelles bien réussie, bien sûr, comme celle-ci. Je suis ravie de t’avoir convaincue, car ayant commencé par cette nouvelle, et l’ayant beaucoup aimé, je ne peux qu’espérer qu’elle te ferra le même effet 🙂

  2. Lady K 08/02/2012 à 15:59 #

    Et bah non, celui-là non plus je ne le lirai pas. Enfin, faut jamais dire jamais mais bon …

    Ma précédente demi-expérience ne m’avait pas du tout plu – j’ai abandonné à la moitié – principalement parce que l’histoire était déprimante et que perso je suis très égoïste. Lire les malheurs des autres ça me branche pas plus que ça, ils peuvent se les garder, sauf si c’est tourné à la Bridget Jones. ^^

    Bref, tout un blabla un peu inutile pour pas dire grand chose xD

    • askmetoread 08/02/2012 à 17:57 #

      Et bien, comme dit, on ne peut pas tout aimer, et donc tout lire. Ta WL te remercie à ce moment x)
      Puis si tu as déjà tenté et que ça ne t’as pas plu, pourquoi insister ? Je peux comprendre. Bon, en même temps, l’histoire ne parle pas que des déboires de cette femme, et de son malheur. Au delà, on retrouve cette envie, ce courage, d’être capable de tout plaquer, surtout quand on a déjà une vie. Enfin bref, je me tais, moi aussi 🙂

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